La façade

Quelques semaines déjà se sont écoulées depuis les dernières nouvelles. La raison? Cuba.

Rassemblement à Trinidad où la place de l’Église était le seul endroit en ville avec un réseau internet

Qui dit Cuba dit cigares, rhum, vieilles voitures et plages, surtout plages. Des vacances à Cuba sont, pour la plupart des gens que je connais, des vacances relaxantes, ensoleillées, faciles. Je partageais cette idée jusqu’à ce que Georg et moi y débarquions avec nos sacs à dos, fin février.

“Backpacker” à Cuba, ç’a été LE défi de notre voyage. Il existe à Cuba deux réalités, celle des touristes et celle des Cubains. En entrant dans un hôtel ou une casa (gîte), les étoiles s’alignent magiquement et l’hôte fait tout pour faciliter la vie de son visiteur. Organisation du transport, repas, tours guidés, etc. Tout est simple, on n’a qu’à demander… et payer le prix. Au début, on trouvait ça commode mais, le jour où nous avons mis le pied à Viñales, réplique du village gaulois dans Le Domaine des Dieux – une casa, un restaurant, un magasin de souvenirs… – on a décroché. On voulait voir le vrai Cuba et disons-le, on trouvait agaçant de ne pas être libres de s’organiser par nous-mêmes. Nos réflexes de Westerners, solidement ancrés dans nos habitudes capitalistes étaient pourtant complètement inadéquats pour faire face au monde qu’on allait trouver hors des circuits touristiques.

À ce jour, je ne comprends toujours pas où les Cubains se procurent leur nourriture et je n’ai qu’une vague idée des comptoirs de cour arrière où il est possible d’acheter quelques bricoles. L’image du Cubain souriant chantant du Buena Vista Social Club a été remplacée par des gens mal à l’aise à l’idée de donner la moindre information concernant les transports publics ou l’emplacement d’une plantation de tabac locale. Si on a compris quelque chose, c’est que les heures d’ouverture et les menus sont plus des indicateurs d’intention qu’autre chose et surtout, que la légende selon laquelle les produits d’hygiène féminine sont introuvables sur l’île n’est pas une légende.

  • Mon beau-frère, venu nous rejoindre avec ma sœur: Qu’est-ce que tu vas faire?
  • Moi: À part sacrer tu veux dire? Je vais faire comme toutes les autres et trouver ça très troublant.

La précarité de la vie cubaine et l’indéchiffrable organisation sociale du pays ont complexifié notre vie comme dans aucun autre pays avant. C’est en mettant le pied dans l’avion il y a une semaine qu’on a saisi jusqu’à quel point l’absence de repères et le manque d’autonomie que ç’a engendré a pesé sur nos épaules. En entendant le “good morning” de l’agent de bord de Delta et la musique folk jouer doucement en arrière-plan mardi passé, on a vraiment fait ouf. Tellement que j’ai pris l’avion en photo.

Le côté positif

Ceci étant dit, aller jeter un œil derrière la façade a aussi ses avantages. Nous avons eu droit à un cours de cigare privé et à une dégustation de miel et rhum artisanal dans une plantation trouvée au hasard. Georg a eu une discussion politique franche avec Jorge, un économiste de profession, et nous avons mis la patte sur la recette secrète de paella aux fruits de mer de Viviana, dame au sourire magnifique. Aussi, impossible de passer sous silence l’inoubliable visite de Georg chez le barbier.

Incursion chez un célèbre barbier

Dans les jours précédents notre départ de Cuba, Georg avait sérieusement besoin d’une coupe de cheveux. C’est par hasard que nous avons atterri au Salon Correo. Il était près de 16h lorsque Georg s’est assis sur la chaise. Visiblement, son barbier avait déjà plusieurs bières derrière la cravate. Il sentait un peu la robine et marchait sans réelle agilité.

  • Barbier (en espagnol): Est-ce que je vous le fais à 3?
  • Georg, pensant que 3 signifiait 3 mm (en espagnol) : Heu, est-ce que je peux voir?

Le barbier lui montre son rasoir. Ça convient à Georg. Il sourit (même si personne ne comprend très bien ce que 3 signifie)

  • Barbier, satisfait (toujours en espagnol) : Vous savez, je suis un professionnel!

À le voir sautiller autour de la chaise en faisant des moves de ninja, on aurait pu en douter mais tout compte fait, à part quelques cheveux oubliés ici et là, ce fut un succès.

Sans le savoir, nous avons mis le pied dans l’antre du plus célèbre barbier de La Havane, LE professionnel à avoir couper les cheveux de Ban Ki-Moon en 2014.

Pourtant, le moment marquant chez le barbier s’est déroulé avant la coupe. Le barbier pompon tapait du pied pendant que le client sur la chaise (client 1 – anglophone) faisait jouer une toune sur son téléphone et qu’un autre client (client 2 – bilingue) traduisait au barbier les directives de client 1. Client 1 et 2 ont commencé à jaser musique et à la mention d’I believe I can fly, client 1 s’est mis à chanter avec une voix, mes amis, à décoiffer. Tout le monde s’est regardé, bouche bée: les deux barbiers, client 2, les 2 autres clients présents, Georg et moi-même. Le concert a capella a duré près de dix minutes, le temps de 4-5 demi-chansons. Le salon tout entier a commencé à fredonner à son tour. Un moment d’une grande spontanéité où huit étrangers provenant de quatre pays différents ont commencé à parler le même langage. C’est ça que ça donne aussi quand quelqu’un brise la règle sociale voulant que chacun fasse sa petite affaire sans déranger personne: un moment qui fait sourire, un moment humain qui fait du bien.

Pour les photos de Cuba, cliquez ici. Et pour ceux qui se demandent où Delta Airlines nous a fait atterrir:

Plus de détails dans le prochain billet!

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