Réflexion économique uruguayenne

Le voyage nous donne l’occasion de faire toutes sortes de constats. Nous passons des moments aha aux élans d’inspiration en passant par les prises de conscience. En Uruguay, alors que nous attendions l’autobus municipal pour nous rendre à la gare d’autobus, Georg nous a magnifiquement illustré un concept économique très simple que l’on néglige trop souvent: le coût d’option, aussi connu sous le nom de coût de renoncement. Je m’explique.

  • Coût du trajet entre l’hôtel et le terminal d’autobus en taxi: 190 pesos
  • Coût du même trajet en transport en commun: 48 pesos

Plusieurs personnes diraient que nous avons économisé 142 pesos, soit environ 4€. Pis 4€, ça sonne peu. Des peanuts. Pourtant…

Une fois dans l’autobus, Georg m’a dit: “On vient tout juste d’économiser un paquet de serrano!” Le coût d’option, c’est ça. Si on prend un taxi, pas de serrano. Trop souvent, on calcule en valeur monétaire alors que nous devrions peut-être calculer en renoncement ou en temps, tel qu’expliqué remarquablement ici par Jose Mujica, ex-président uruguayen justement.

Dans notre réalité nomade, 5€ représente plusieurs fruits et légumes, quelques bouteilles d’eau ou un paquet de jambon serrano; 15€, un trajet d’autobus entre deux villes; 30€, une nuit d’hébergement dans une chambre privée, etc. Et quand on se promène au Machu Picchu, à Buenos Aires ou dans la jungle, on a l’impression que le temps qu’il nous a fallu passer au bureau pour nous permettre ce voyage a valu le coup. Ça ne veut tout de même pas dire que nous voulons y retourner, au bureau. C’est pour ça qu’on aborde aussi la question des besoins régulièrement.

Comme on est heureux sur la route, on discute fréquemment de ce que ça prend pour avoir la liberté de le faire plus souvent. On essaie de faire la distinction entre ce qu’on a besoin pour vivre et ce qu’on veut, car besoin et désir ne sont pas des synonymes bien qu’on les confonde souvent. Une anecdote à l’estancia où nous avons passé le weekend nous a aussi donné à réfléchir.

La propriétaire nous expliquait qu’ils avaient l’électricité depuis trois mois seulement. Avant, l’énergie qu’ils utilisaient provenait de leurs panneaux solaires et des éoliennes de la région. Pas de vent ou de soleil? Pas de télévision ni de micro-ondes. L’électricité leur facilite maintenant la vie mais pas question de changer du tout au tout. La propriétaire nous a rapporté une conversation avec sa voisine: “Mais c’est fantastique l’électricité! Vous allez enfin pouvoir vous acheter un air climatisé.” Réponse: “Ça fait 50 ans que j’habite ici sans air climatisé. Pourquoi j’aurais soudainement besoin d’en acheter un?” En effet…

C’est maintenant possible ne veut pas nécessairement dire j’en ai maintenant besoin. La question est plutôt: maintenant que c’est possible et que j’en ai envie, à quoi devrais-je renoncer pour l’avoir? Ou si vous préférez: maintenant que c’est possible et que j’en ai envie, combien d’heures dois-je travailler pour l’obtenir? Parce qu’au final, quand on y pense, c’est la même question.

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One thought on “Réflexion économique uruguayenne

  1. Pingback: Six mois de voyage | Exploring The Rabbit Hole

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