De l’autre côté de la frontière

Cette semaine, nous sommes arrivés en Argentine. En traversant la frontière, on a fait “ouf”. On s’est regardé tous les deux et on s’est dit : “Trois semaines et demie en Bolivie, c’est bien assez, non?”

En Argentine, on a (re) trouvé un pays plus structuré, plus propre. Les gens étaient plus amicaux, plus souriants. L’autobus était de meilleure qualité, les magasins et supermarchés offraient une variété de produits beaucoup plus grande. Soudainement, on respirait mieux. Ça nous a fait réfléchir. Si on était soulagé de quitter la Bolivie, c’est parce que ça nous donnait un break de misère. Voir des gens qui en arrachent, pendant près d’un mois, ça serre les tripes. Imperceptiblement au début, mais à la longue, ça finit par déranger.

La Bolivie affiche un recul de développement évident par rapport à ses voisins argentin et péruvien. Pour plusieurs raisons. Un président “gringo” qui a vendu les droits d’exploitation des mines du pays à des intérêts américains. L’accès à la mer “perdu” aux mains du Chili suite à une invasion guerre d’une légitimité douteuse, rendant ainsi le processus import / export beaucoup plus coûteux. Un président, saoul de pouvoir, préférant changer la constitution, mandat après mandat, plutôt que de respecter la clause du nombre d’années maximum légal au pouvoir.

Nous, ce qu’on voyait, c’est le résultat ou plutôt, les conséquences. J’étais troublée de ne pouvoir juger de l’âge des gens tellement leur “niveau d’usure” est différent du nôtre. Leurs infrastructures et moyens de transport ne rencontreraient en rien nos standards de sécurité. Les rues étaient bondées de femmes, accompagnées de leurs (très) jeunes enfants, vendant trois fois rien dans l’espoir de ramener quelques bolivianos de plus à la maison. Du matin au soir, jour après jour. Un jour, il y a même des enfants qui sont montés sur la terrasse où l’on était assis, pour manger à deux mains le restant de spaghetti que j’avais laissé dans mon assiette.

S’éloigner de la Bolivie cette semaine, c’était refermer les yeux sur une réalité qu’on ne voulait plus voir parce qu’elle nous rendait inconfortable. C’est loin d’être noble mais le ouf, c’était ça.

Culturellement riche

Malgré le contexte difficile (surtout à cause du contexte difficile), la Bolivie vaut la peine d’être explorée. En plus de la nature, c’est surtout la couleur du pays qui m’a fasciné. 36 différentes ethnies vivent présentement en Bolivie, essayant tant bien que mal de préserver leurs coutumes et traditions dans un cadre occidental de plus en plus fort. Afin de faire ma part en ce qui concerne le devoir de mémoire et la promotion de la différence, j’ai pensé partager avec vous trois courtes histoires qui témoignent du riche héritage culturel du pays.

LA PAZ: SORCELLERIE ET AUTRES CHAMANERIES

Au marché des sorcières de La Paz, on trouve des choses surprenantes parmi lesquelles des filtres d’amour, des remèdes anciens et des foetus de lamas. De nos jours, les gens pratiquent encore toutes sortes de rituels en accord avec leurs croyances ancestrales. Les foetus de lama sont, par exemple, des porte-bonheur offerts à Pacha Mama en échange de bonne fortune et protection et les gens les enterrent généralement autour de leur maison.

SUCRE: TISSER L’AVENIR

À Sucre, nous avons découvert la culture Jalq’a. Dans ce groupe ethnique, les femmes ont un statut privilégié car elles ont un pouvoir particulier. On dit que leur rêves sont prémonitoires et leurs visions prophétiques peuvent être lues à travers leurs tissages. Attention! Pour analyser un tissage, il faut d’abord connaître la représentation symbolique de chaque animal illustré. Pas une mince affaire à lire, alors imaginez à tisser!

RURRENABAQUE: MÉDECINE EFFICACEMENT DOUCE

À Rurrenabaque, nous avons fait la connaissance de Marcos, notre guide. Marcos vient d’une communauté d’environ 700 âmes, établie dans la jungle. Il nous racontait qu’un jour, il a été mordu par une raie. Une blessure importante car la douleur est instantanée et paralysante. Marcos est allé voir les médecins du meilleur hôpital de La Paz, y a passé des jours et personne n’a trouvé de quoi le soulager, encore moins le soigner. Au final, le remède est venu de sa propre communauté. En vivant depuis des siècles en harmonie avec leur environnement, la communauté aborigène a acquis des connaissances que le reste du pays ne possède pas encore, à ce jour.

Sur une note plus personnelle… Pendant notre séjour dans la jungle, mon système digestif en arrachait. Après une nuit pénible, Marcos m’a préparé une tisane à quatres plantes et tout s’est remis en place en moins de quatre heures. Comme dirait Victor, notre compagnon belge, qui a aussi expérimenté le pouvoir du breuvage: “C’est magique ce truc, je m’en ramènerais bien un chaudron!” Comme on était deux à utiliser les stocks de plantes médicinales, on a profité de ma remise en forme pour refaire le plein pendant la marche d’après-midi.

Sur les photos, en plus de ma magnifique plante, vous pouvez apprécier Marcos enlevant les obstacles pour les fourmis et attachant un collier artisanal autour du cou de Georg.

Ce que je retire de mon séjour en Bolivie est simple. Malgré la précarité dans laquelle ils sont plongés, les gens sont culturellement riches et honorent ce qu’ils ont et “ceux” (comme Pacha Mama) qui les aident à l’obtenir. Et nous qui possédons tout? Sommes-nous reconnaissants de ce que nous avons? Croyons-nous en quelque chose de plus grand que nous? Quelles sont les traditions que nous cultivons et que nous souhaitons préserver?

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